Biographie de Maxime Maufra

 

Maxime Maufra voit le jour le 17 mai 1861, à Nantes, où son père dirige une petite fabrique de métallurgie.

 

Après ses études au lycée, en compagnie du futur écrivain Victor Michelet, il commence à peindre en 1879 sous la direction de deux peintres locaux : Alfred Leduc et Charles Le Roux qui l’initient à la peinture en plein air.

 

Le destinant aux affaires, sa famille l’envoie en 1881, en Angleterre faire un stage chez un négociant de Liverpool ; il en profite pour visiter le Pays de Galle, et surtout l’Ecosse qui l’impressionne vivement.

 

Lors d’un séjour à Londres, en 1883, il découvre les paysages anglais, et Turner qui l’éblouit par sa peinture claire et son sens de la lumière.

 

De retour à Nantes en 1884, Maxime Maufra se met aux affaires tout en continuant à peindre directement sur le motif aux bords de la Loire. Son ami Flornoy le fait participer à l’exposition qu’il organise, à Nantes, en 1886.

 

Cette même année 1886, il participe pour la première fois au salon des Artistes français avec deux toiles « inondations à Nantes » et « Bateau de pèche en haute ile », qui lui valent cette appréciation du critique Octave Mirbeau :  « C’était un art délicat, harmonieux et si différent malgré l’absence d’un style personnel que je m’arrêtais longtemps devant cette toile qui me reposait des autres…, je cherchais la signature et je lus Maufra. Etait-ce un jeune ? Un vieux ? d’où venait-il ? Il n’était ni l’élève ni le maitre de personne ».

 

En 1889, Maufra ayant décidé d’abandonner le commerce et de se consacrer à la peinture parcourt la Bretagne en solitaire ; il raconte lui-même son arrivée à Pont-Aven dans ses mémoires inédites « propos de peintre » :

 

« J’arrivai à Pont-Aven dans les environs du 14 juillet 1890 et le hasard me fit descendre dans cette auberge de la mère Gloanec. J’y étais depuis quelques jours, écoutant les causeries d’atelier, d’élèves de Julian, qui se trouvaient là et ne m’intéressaient guère quand, le 13 juillet une carriole semblant contenir une bande de romanichels arriva sur la place et s’arrêta au seuil de l’auberge. Je sentis un vent de colère qui passait sur certains et l’on dit : « voilà les impressionnistes ! »

 

Descendant successivement de cette carriole paysanne, un grand diable de peau-rouge, un blond à la tête de Christ et un petit bossu coiffé d’un fez écarlate. Un autre gros papa au sourire figé fut à terre le dernier. Le peau-rouge était Gauguin, les autres ses disciples : de Haan, Sérusier et Filiger…

 

On parla art, peinture, et le plus clair de cette première réunion fut que je n’entendis parler que d’application de couleurs pures et je sentis que le vert véronèse était la couleur la plus appréciée avec le jaune de chrome. La soirée se termina  tardivement après avoir bu et vu boire énormément.

 

Le lendemain, la carriole reprenait le chemin du Pouldu. Je ne devais revoir Gauguin qu’à son retour de Tahiti, deux ans après et à Paris.

 

Maufra séjourne plusieurs mois à Pont-Aven, en compagnie du nantais Dezaunay, puis s’installe en 1891, au Pouldu, à l’auberge de Marie Henry, en compagnie de Verkade et Filiger. Les rencontres avec Sérusier, Emile Bernard, Loiseau, Moret, Seguin, sont fréquentes et des liens d’amitié durable se créeront entre les artistes.

 

A partir de 1892, Maufra, infatigable, parcourt la Bretagne, de Paimpol à Loguivy où il se lie avec Rivière, en passant par Saint Michel en Grève, Locquirec, Lannion ; l’hiver, il loue un atelier au Bateau Lavoir (appelé alors Cabane du Trappeur) à Montmartre qu’il décrit ainsi :

« En 1892, j’avais mon atelier sur la Butte au 13 de la rue Ravignan. J’y menais une existence assez tranquille, ne recevant dans ce petit atelier qu’un nombre infime d’amis d’enfance ou de jeunesse : Aristide Briand devenu homme d’état, le poète Victor-Emile Michelet, le docteur Maurice Mary, collectionneur, le publisciste et critique Gustave Babin, Edouard Sarradin, le critique du journal des Débats, le député Felix Gaborit qui écrivait alors les articles humoristiques semant la joie au milieu de nous, et quelques autres encore du pays nantais.

 

On parlait de tout et sur toute choses : démolir, abattre, écraser, tomber. Ah, il n’eut pas fait bon à vrai bourgeois de parvenir dans ce milieu bourgeois de récalcitrants.

 

Cependant, personne n’y trouva la mort, bien qu’un vieux crochet fixé à une poutre du plafond semblât, ainsi que le disait Clovis Hugues, anarchiste, poète, peintre et plus tard député, attendre la corde que l’on se met au cou dans un instant de suprême désespoir.

Quoi qu’il en soit, les réunions se fixèrent au samedi soir. Ah ! quelles discussions ! et sur quoi ? Tout était prétexte : philosophie, sociologie, anarchie, révolution dans la peinture, les arts, la littérature, le monde, le théâtre, la fin de tout, l’attente du grand soir, la rénovation de l’espèce humaine, le paradis sur terre. Quand c’était fini, ça recommençait.

 

Quelles soirées de fous, et cependant que de sujets justes et épineux y furent discutés ! Qu’en est-il sorti ? La jeunesse, la gaîté régnaient remplaçant la fortune. On aimait rire et cela n’empêchait pas d’être sérieux et amoureux de notre art ».

 

Un après-midi de novembre 1893, écrit-il encore dans son journal, « j’entendis frapper à la porte de mon atelier, je criai : « Entrez » et ma surprise fut grande de voir le grand diable de Paul Gauguin paraître sur le seuil de ma porte. Coiffé d’un bonnet d’astrakan, il semblait plutôt revenir des Pôles que des Tropiques. Sans me dire un mot, il entra et regardant les esquisses accrochées aux murs et quelques études à terre le long de la muraille, il s’exclama : « Je comprends que vous défendiez mon art, Maufra, mais bien que nous suivions une voie différente, la vôtre est bonne, continuez-la »

 

Ces paroles firent l’effet du calumet de la paix chez les peaux-rouges. Nous nous étions compris, nous devenions amis et nous devions beaucoup nous voir ».

 

De cette époque, datent ses premières gravures tirées dans l’atelier de l’imprimeur Eugène Delâtre, qui lui fit découvrir cette technique ; Maufra se passionna pour ce nouveau mode d’expression qu’il pratiqua jusqu’à sa mort. Il réalise sa première lithographie en couleur « le chemin du bord de mer », en 1893, pour l’Estampe originale.

 

A Paris, en 1894, Le Barc de Boutteville lui consacre une exposition particulière, où il présente conjointement peintures, dessins aquarellés et gravures. Il expose aussi avec les Nabis, dans les salons du journal « la dépêche de Toulouse » et au salon des indépendants où il révèle au public sa fameuse eau forte « la vague ».

 

Maufra quitte alors le Bateau-Lavoir, après une descente de police, due à la présence d’anarchistes à Montmartre, et déménage Boulevard de Clichy. En 1895, il participe à l’Exposition des Bretons de Paris dont il est l’un des organisateurs, il y expose deux toiles et à nouveau la gravure « la vague ».

 

Durant l’été 1895, Maufra retourne en Ecosse sur les lieux qu’il a aimés lors de son premier séjour et c’est en 1896, en Angleterre, qu’il épouse Céline Le Floch qu’il a connue quelques années auparavant à Pont-Aven. Sa femme est native de Douarnenez et chaque été, Maufra revient travailler en Bretagne où il arpente la côte à la recherche du motif.

 

Après la disparition du marchand Le Barc de Bouteville, Maufra expose pour la première fois chez Durand-Ruel, d’abord à Paris puis à New-York. Cette même années 1896, il participe au Salon de la Libre Esthétique à Bruxelles où il exposera à nouveau en 1901 et 1903.

A partir de 1903, il expose au Salon d’Automne dont il est membre du comité et il s’installe dans une chaumière au bord de la mer à Kerhostin, petit hameau en Saint Pierre de Quiberon, qui deviendra son port d’attache. Son ami V.E. Michelet publie un livre sur lui, en 1908, « Maufra peintre et graveur ».

 

L’artiste effectue différents voyages dans le Dauphiné (1904), le Midi (1912), l’Algérie (1913), la Savoie (1914).

 

La création du « Rendez-vous des Vernis Mous » en 1915, réunit Maufra, Delâtre ,Autemayou, Brouet et Morin-Jean, dans une commune recherche de l’impression en couleur.

 

En 1916, Maufra, soucieux de participer à l’effort de guerre, se rend sur le front en compagnie de Charles Le Goffic pour préparer les vingt lithographies illustrant « Paysages de Guerre » qui paraîtra en juin 1917.

 

Maxime Maufra meurt à Poncé, dans la Sarthe, sur les bords du Loir, devant son chevalet où il achevait son dernier tableau « Le Moulin du Gué du Bray », le 23 mai 1918.

 

(Biographie extraite du « Musée de Pont-Aven. 29 mars – 23 juin 1986 : Maufra : du Dessin à la Gravure).